CRITIQUE TELERAMA
« Toute époque qui n'a pas eu son Saint-Simon paraît [...] comme déserte et muette, et décolorée », soulignait Sainte-Beuve, saluant le duc comme « le plus grand peintre de son siècle », celui sans qui « on ne se doutait pas de tout ce que pouvaient fournir d'intérêt, de vie, de drame mouvant et sans cesse renouvelé » les jours et les heures de Versailles. Notre époque, notre Versailles à nous - l'Elysée et sa cour, soit tous ceux qui gravitent autour du palais - ont désormais, eux aussi, leur portraitiste impertinent, en la personne de Patrick Rambaud.
Acuité du regard, insolence de l'analyse, précision millimétrée du trait satirique, tout cela drapé dans un style vif à l'élégance très XVIIe : voilà les armes de l'écrivain (Prix Goncourt 1997 pour La Bataille), qui offre, avec cette Chronique du règne de Nicolas Ier, un tableau caustique, parfaitement irrespectueux et pleinement réjouissant des premiers mois à l'Elysée de Nicolas Sarkozy. Lequel n'est jamais ici appelé par son nom, mais tantôt « Notre prince », « Notre maître », « Notre bien-aimé monarque », voire « Son efficace Majesté » ou « Notre bouillant leader », petit homme nerveux, plein d'ambition et d'aplomb, entouré de l'impératrice et du dauphin, de sa garde rapprochée, de ses courtisans. Le récit est précis, qui, des premières déclarations de « Notre stupéfiant souverain » jusqu'à « la désertion de l'impératrice », n'oublie rien des mille péripéties qui ont jalonné ces quelques mois élyséens. Des événements impitoyablement tournés en ridicule par Rambaud, dans ce petit théâtre infiniment vivant qu'il met en scène, pour mieux pointer la vanité et la rouerie qui y règnent.
Nathalie Crom
Telerama n° 3029 - 02 février 2008
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