Le 25 avril 2008: Ségolène Royal réagit à l'intervention de Nicolas Sarkozy sur France Inter.
Nicolas Demorand
Il est 8 heures 20, l’invitée de France Inter est ce matin la socialiste Ségolène ROYAL, présidente de la région Poitou-Charentes, bonjour et bienvenue !
Ségolène Royal
Bonjour !
« 90 minutes pour convaincre », le président de la République s’est exprimé hier soir à la télévision, l’enjeu c’était notamment de remettre de la lisibilité dans l’action, avez-vous été
convaincue Ségolène ROYAL ?
Ecoutez, je crois que les Français sont inquiets aujourd’hui, la question est de savoir s’ils sont rassurés après cette émission ? Force est de constater que non. On est même plus inquiet après
l’émission qu’avant. On a le sentiment de ne pas avoir eu un président de la République hier, mais un candidat perpétuel. Alors il a dit à cinq reprises, j’ai ma part de responsabilité, on sent
d’ailleurs un peu la formule de communication, en clair, cela veut dire ; je me suis trompé. Mais il s’est trompé sur quoi ? Il ne nous l’a pas dit et quelles conséquences il en tire pour rectifier
sa politique ? On ne le sait pas. Il a fait aussi beaucoup d’approximation, d’improvisation, Bernard GUETTA vient d’ailleurs de le dire, en politique étrangère. Il a dit des contrevérités sur la
question des retraites. Il nous a dit qu’il allait financer le RSA par la suppression de la prime pour l’emploi, c'est-à-dire 4 millions de salariés modestes vont voir leur pouvoir d’achat baisser.
Il n’a pas répondu sur les préoccupations concrètes des français. C'est-à-dire, rien sur le pouvoir d’achat, il a dit des aberrations sur l’éducation, il a par exemple dit, 15 % des élèves sont
fichus à l’issue de l’école primaire. Je crois qu’un président de la République ne peut pas s’exprimer de cette façon là. Il a donné une image de la France en situation d’échec, en particulier sur
l’Education nationale. Il a osé dire que c’était l’échec global de l’Education nationale, ce n’est pas vrai ! Enfin je crois que le Premier ministre avait dit qu’il attendait de cette émission une
feuille de route – compte tenu de tout ce que je viens de dire et il y aurait encore beaucoup de choses à souligner sur les approximations, les contrevérités. Le sentiment que parfois, il ne
maîtrisait plus les choses, je crois que le Premier ministre a eu surtout une feuille de déroute.
Donc pour vous, Ségolène ROYAL, le bilan de cette première année de présidence SARKOZY c’est un échec sur toute la ligne à vous entendre ?
Oui, c’est un échec grave, d’ailleurs les Français le savent, nous le sentons, la France est tirée vers le bas. Mais ce que je voudrais dire aux Français qui nous écoutent, c’est qu’une autre
politique est possible. Il est possible et urgent de faire autrement. Parce qu’autrement, si à l’issue de cette année, que d’ailleurs Nicolas SARKOZY, de façon assez malhonnête attribue à des chocs
extérieurs, il a identifié quatre chocs, en particulier la hausse du coût de l’énergie.
On ne peut pas le nier !
On ne peut pas le nier, mais tous les pays sont confrontés à la hausse du coût de l’énergie. Or l’Allemagne par exemple est en excédent commercial, on pourrait prendre plein d’autres exemples dans
lesquels les pays prennent à bras le corps leur talent, leur potentialité, la France en a beaucoup. Je reviens d’Inde et je puis vous dire que nous n’avons aucun complexe à faire par rapport aux
centres de recherches indiens et qu’au contraire, la France devrait aider les petites et moyennes entreprises innovantes à nouer des partenariats avec les grands pays émergents, donc il y a du
potentiel.
Il dit, faisons le bilan dans cinq ans, au terme de mon quinquennat, on ne peut pas réformer un pays, qui sur des dossiers importants n’a pas bougé depuis plus de trente ans en un
an.
La France a besoin de réformes, mais où sont-elles aujourd’hui, qu’est-ce que c’est qu’une réforme ? Une réforme c’est prendre des décisions pour que cela aille mieux, pas pour que cela n’aille
plus mal. Une réforme c’est faire des choses avec les gens et pas contre eux. Or c’est ce qui est aujourd’hui en train de se passer, c’est de la brutalité, c’est beaucoup d’arrogance, contrairement
à ce qui a été dit. Moi j’ai vu un Nicolas SARKOZY parfois méprisant à l’égard des Français, je viens de le souligner sur l’éducation. Il a dit des monstruosités sur la laïcité, une fois de plus,
en confirmant que les clercs et les prêtres donnaient du sens à la vie et pas les enseignants – mais dans une société ce sont tous les adultes qui donnent du sens à la vie aux plus jeunes. Il a dit
aussi des choses aberrantes sur la Chine, il a osé dire, pour se justifier qu’il se couche devant la Chine, disons les choses très clairement, il a osé dire que la Chine aidait le Darfour. Mais
comment est-ce que la France qui est au Conseil de sécurité, est-ce que ce n’est pas inquiétant qu’un président de la République et membre permanent du Conseil de Sécurité ignore à ce point que
chaque fois qu’il y a eu des résolutions contre le Soudan, la Chine a voté contre. Et donc, même sur la politique étrangère il ne nous a pas rassurés, au contraire c’est extrêmement inquiétant.
Il y a quelques mois, Ségolène ROYAL, vous reconnaissiez à Nicolas SARKOZY l’énergie dont il faisait preuve pour occuper la fonction présidentielle. Plus rien ne trouve grâce à vos yeux,
donc, après douze mois de gouvernement et de présidence ?
Mais je crois qu’il est en train de payer et la France avec et c’est ça qui est grave, c’est pour ça, je crois qu’il faut que, à la fois l’opposition et les Français continuent à faire pression sur
le gouvernement pour que la politique change et qu’il y ait de vraies réformes. Il est en train de payer la masse des mensonges qu’il a proférés pendant la campagne présidentielle. J’ai là sous les
yeux un certain nombre de promesses. Souvenez-vous, plus 25 % immédiatement de l’augmentation des retraites. Travailler plus pour gagner plus, je propose la propriété pour tous, la crise du
logement n’a jamais été aussi grave qu’aujourd’hui. L’allocation adulte handicapée, plus 25 %, on attend toujours. Le remboursement des soins d’optiques,
Il vous dit, rendez-vous dans cinq ans !
Attendez, le remboursement des soins d’optique, il avait dit exactement : les remboursements pour lunettes et le prothèses dentaires, on ne peut pas dire que c’est du confort. Le 5 février 2007, il
avait dit : « on ne peut pas se trimballer avec une dent qui manque et c’est pareil pour les lunettes, ce n’est pas une question de mode, c’est une question de nécessité et je vais porter les
remboursements à 50 % » et là le gouvernement est en train de faire le contraire, c'est-à-dire de diminuer les remboursements. Donc je crois que la situation est grave et hier, finalement, on a eu
quelqu’un qui était satisfait de lui. Il a même osé dire, que cela allait mieux pour les Français, mais autour de nous, on ne voit que des Français qui disent que cela va plus mal. Moi je vais vous
dire, qu’est-ce que c’est que gouverner ? Gouverner d’abord, c’est prévoir, c’est donner du sens aux choses. Hier on n’a eu aucun sens donné à la politique globale. Gouverner, c’est ensuite dire la
vérité, il y a eu beaucoup de contrevérités qui ont été dites hier. Et enfin gouverner, c’est rectifier son action lorsque l’on fait des erreurs. Il a reconnu ses erreurs, c’est un truc de
communication, si ce n’était pas un truc de communication,
Mais pourquoi est-ce un truc de communication Ségolène ROYAL ?...Vous, vous ne reconnaissez jamais vos erreurs ?
Si, je reconnais des erreurs, mais j’en tire les conséquences, c’est à dire que je rectifie les choses, je réajuste ce que je dis ou ce que je fais. Donc ce qu’on attend quand on reconnaît des
erreurs, ce n’est pas seulement une opération de communication pour que ce matin les gens puissent dire : ah, eh bien il a reconnu ses erreurs, il est plus modeste qu’avant. Non, c’est d’aller
jusqu’au bout de cette logique et c’est de reconnaître effectivement que dans le fameux paquet fiscal, au lieu de le diminuer… Ecoutez, moi j’ai proposé que le paquet fiscal avec les 15 milliards,
on double la prime pour l’emploi pour les 8 millions de salariés – lui, il vient de dire le contraire, on va supprimer la prime pour l’emploi pour 4 millions de salariés, c’est quand même très
grave.
Pour financer le Revenu de solidarité active.
Il fait de la redistribution entre les précaires et entre les gens modestes, au lieu de reprendre aux plus riches pour donner aux plus pauvres, c’est ça que les gens attendent. Vous savez je l’ai
entendu, il a défendu le bouclier fiscal, mais qu’est-ce que c’est que le bouclier fiscal ? Il y a même une personne qui a reçu un chèque de ristourne de 7 millions et demi d’euros, il y a eu 350
millions d’euros rendus à 15 000 contribuables, les plus riches. Donc, il faut arrêter ça, il faut cesser de redonner, cette année en 2008, 15 milliards au plus favorisés et encore en 2009, 15
milliards au plus favorisés. Parce qu’il faut que les Français comprennent bien que ces fameux cadeaux fiscaux, c’est tous les ans. Donc, il faut récupérer ces moyens là, pour les remettre là où
c’est nécessaire, c'est-à-dire sur le pouvoir d’achat des salariés et sur l’innovation dans les entreprises. Je le répète une autre politique est possible !
Etes-vous candidate au poste de première secrétaire du Parti socialiste Ségolène ROYAL, c’est le ton qui est le vôtre ce matin ?
Vous savez, je pense qu’honnêtement, compte tenu des difficultés aujourd’hui que connaissent les Français et cela dans tout le pays, parce qu’il y a quelque chose de profond qui est en train de se
déliter et en particulier la question des services publics. Vous savez, moi je préside une région d’1.600.000 habitants, qui est une région moyenne, donc représentative, donc, parlons concret quand
même. Parce qu’il m’a semblé aussi que Nicolas SARKOZY était très éloigné des préoccupations..
Je vous pose concrètement la question, puisque, vous avez que l’intervention de hier soir et que la politique qui était menée impliquait de nouveaux devoir pour l’opposition, est-ce que
vous êtes prête à assumer cette part là de responsabilité, que vous définissez vous-même pour l’opposition ?
Vous savez, le premier devoir de l’opposition, des élus d’opposition qui sont sur le territoire c’est d’essayer d’amortir les chocs d’une mauvaise politique, aujourd’hui et de quelque chose qui
détruit des solidarités profondes. Vous savez dans la région que je préside, juste… cela va être très rapide ! Ecoutez-moi, il y a la suppression de neuf tribunaux d’instance et de deux tribunaux
de commerce. Il y a la suppression de onze plateaux de chirurgie dans les hôpitaux, des villes petites et moyennes. Il y a quarante écoles qui vont fermer en milieu rural et écoutez-moi, il y a
soixante quatorze suppressions de formation professionnelle pour les lycéens. Aujourd’hui les lycéens bloquent les lycées, pourquoi ? Parce qu’ils veulent travailler, il y a la suppression du
Brevet d’enseignement professionnel, ce qui est grave pour les entreprises et ce qui est grave pour les jeunes. Eh bien moi, je dis qu’il est possible de faire autrement et la responsabilité de
l’opposition aujourd’hui et même des français, vraiment, c’est d’exiger autre chose. C'est-à-dire qu’on cesse de casser ce qui fonctionne bien dans le pays, qu’on réforme l’Etat pour déployer les
énergies qui sont sur le territoire et il y en a. Qu’on donne du potentiel aux Français qui veulent aller de l’avant et aux entreprises qui veulent aller de l’avant. Et je pense que comme ça, la
France pourrait remonter la pente.
Dernière question, je vous la repose très rapide Ségolène ROYAL, votre responsabilité à vous, au sein de l’opposition, n’est-ce pas de dire aujourd’hui, oui je suis candidate à ce poste là,
de première secrétaire pour faire marcher l’opposition comme j’estime qu’elle doit marcher aujourd’hui face à la politique de ce gouvernement et de ce président ?
Ecoutez, je pense qu’il ne faut pas réduire la politique à des candidatures, à des postes, parce que cela serait totalement décalé avec ce que la France connaît aujourd’hui. J’ai été candidate à
l’élection présidentielle et donc je sais, pour avoir parlé aux Français, avoir convaincu 17 millions de Français qu’il y a une autre vision de la France, qu’il y a d’autres valeurs à mettre en
mouvement – qu’il y a un potentiel formidable qui est aujourd’hui freiné et cassé par des réformes injustes et inefficaces. Et je le dis, le plus clairement, le plus fermement possible, parce que
ma responsabilité c’est d’entretenir l’espérance aussi. C’est de dire aux Français que ce n’est pas possible de continuer comme ça pendant quatre ans. Et donc on va tout faire pour que de vraies
réformes arrivent pour amortir les chocs sur les territoires que nous dirigeons, que nous gouvernons,
Ma question est simple Ségolène ROYAL, pourquoi vous ne voulez pas y répondre, oui ou non ?
Parce que je pense que ce n’est pas le moment et que c’est décalé par rapport au temps. Mais il ne vous a pas échappé, Nicolas DEMORAND, que j’assume mes responsabilités de leader politique, celles
que j’ai eues et donc celles qui me donnent en effet des devoirs par rapport à ce qui se passe aujourd’hui. Et c’est vrai que pour préparer une alternance dans quatre ans, parce que cela passe
vite, il faut s’y prendre tôt, parce que c’est un travail important. Parce que la France dans quatre ans, ne sera plus la même que celle qu’elle est aujourd’hui. Et pour cette échéance là, ce n’est
un secret pour personne que je m’y prépare, bien évidemment.
Merci Ségolène ROYAL et à tout de suite, on vous retrouve dans Interactive.